Par Caroline Boudehen
Le clair-obscur, qui consiste en peinture à juxtaposer les
parties claires et les parties très sombres pour créer des contrastes violents,
fait l'objet de l'exposition Light Motive.
Cette pratique est déclinée en peinture avec David Ratcliff et Ellen Berkenblit,
mais aussi en sculptures et installations avec Alexej Meschtschanow et Zenita
Komad. Entre ombres et lumières, tous ces artistes combinent les contrastes et
contradictions, de façon formelle et conceptuelle.
Au rez-de-chaussée, les deux imposantes peintures acryliques noires de David
Ratcliff (Mirror 1 et Mirror 3), dégoulinantes, vaporisées, pochées, sont
saturées par une d'imagerie profuse à consonance mystique, et fonctionnent
comme deux totems brouillés et inquiétants.
Évocations d'un être trouble et double, d'une entité lointaine commune qui
semble renvoyer à la question de la schize originelle. Cet effet de saturation
plonge le spectateur à la fois dans une obscurité et un obscurantisme. Et
l'abondance de matière provoque un effet d'étouffement qui pousse à fouiller la
toile des yeux pour rechercher les minces espaces clairs et lumineux.
Ici, la fonction du clair-obscur consistant donner l'illusion de relief est
délaissée au profit de la tension dramatique qui vise à faire surgir de la
toile son motif directeur: son leitmotiv, une forme obsessionnelle qui déborde
au travers des contrastes.
Alexej Meschtschanow confronte, quant à lui, le spectateur à la violence de la
mémoire, à l'impossibilité d'exprimer les souvenirs, seul restant ainsi le choc
émotionnel.
A l'aide de vieilles portes ou de sièges dans lesquels viennent s'imbriquer des
éléments métalliques, Alexej Meschtschanow transforme ses sculptures en univers
clinique. Parce que l'objet est privé de ses fonctionnalités, mais aussi parce qu'il
est traversé par l'hétérogénéité des matières —le bois et le métal, le verre et
le fer. Hybride, cet objet-témoin l'est devenu par le télescopage des matières,
mais aussi des temps —tiré de son passé et replacé dans l'espace contemporain
de la galerie.
Au sous-sol, les peintures fragiles et intimes d' Ellen Berkenblit semblent se
déconstruire autour d'un personnage féminin issu de l'univers du cartoon des
années 1930. Son histoire, empreinte d'érotisme, se dilue et glisse hors du
support —l'utilisation de kaolin renforçant cet effet de fuite.
Dans la pénombre, ce personnage semble attiré par un drame indéterminé situé
hors-champ, autour, ailleurs, comme une inquiétude diffuse et omniprésente...
Les contours, les limites, les aspérités sont gommés, et l'on est comme englobé
et rejeté par l'œuvre.
Dans un rythme allègre et une forte amplitude, les sculptures-tableaux de
Zenita Komad se propagent dans l'ensemble de l'espace, tout en débordant les
uns dans les autres. Préférant la circulation à l'opposition, l'artiste propose
ici une recherche entre langues (trois mots noirs sont peints et répétés) et
liens physiques (la corde rouge, quasi seule note de couleur de toute
l'exposition relie et contraste avec force et délicatesse).
Elle crée sa propre topographie avec pour seuls repères le ciel, la terre et
l'amour, et pour visée une jouissance poétique et immédiate du présent. Les
contraires se côtoient de façon harmonieuse, mais non moins nécessaire.
Ellen
Berkenblit, Zenita Komad
Light Motive
05 sept.-03 oct. 2009
Paris
19e. Galerie Suzanne Tarasiève
Quatre artistes très différents revisitent la technique, à la base picturale,
du clair-obscur. Noir et blanc, ombres et lumières, angoisse, souffrance et
jouissance, sont traités à travers la peinture, la sculpture et l'installation.